Sauges

Cur moriatur homo, cui salvia crescit in horto ?

Pourquoi mourrait-il, celui qui cultive la sauge dans son jardin ?

Les sauges forment le genre Salvia. Ce sont des plantes de la famille des lamiacées qui comprend plus de 900 espèces, annuelles, bisannuelles, vivaces ou arbustives. Une dizaine de sauges sont indigènes en Europe, par exemple la sauge des prés.

Nous présentons ici deux espèces utilisées traditionnellement : 

  1. Salvia officinalis , la sauge officinale qui est la plus utilisée en Europe comme plante médicinale;
  2. Salvia hispanica , une herbacée cultivée traditionnellement en Amérique Centrale pour ses graines « graines de chia ». Voir l’article détaillé ici :  http://herbasante.fr/?page_id=262

D’autres espèces de sauge ont un potentiel pharmacologique intéressant, par exemple : Salvia sclarea (pour son huile essentielle) et Salvia lavandulifolia en Europe, Salvia miltiorrhiza (danshen) en Asie, Salvia divinorum (sauge des devins) en Amérique centrale et au Mexique.

Salvia officinalis

Famille : Lamiacées

Genre : Salvia

Espèce : officinalis 

   Quelques généralités                                      pastedGraphic.png

Son nom 

Noms latins : Salvia officinalis, Herba sacra

Quelques noms français synonymes : Sauge commune, Sauge franche, Saudzette, Serve, Herbe de Jupiter, Herbe sacrée, Thé de Provence.

L’Etymologie se scinde en deux origines : de salvare (sauver, guérir) et de salvus (sain).

La sauge est donc une plante qui guérit et qui assainit.

Description de la plante

C’est une plante typique du bassin méditerranéen (mais répandue maintenant dans le monde entier), un arbuste très ramifié de 0,30 à 0,70 m, vivace en général, et au feuillage semi-persistant assez caractéristique : feuilles épaisses gris verdâtres, oblongues, avec un aspect cotonneux sur la face inférieure.

C’est une plante très rustique qui s’accommode de tous les types de sol.

Les fleurs violacées groupées par trois en fin de rameaux sont nettement bilabiées. 

Il existe des variétés culturales au feuillage pourpre (var. purpurescens) ou blanc vert et rose (var. tricolor).

Odoriférantes et mellifères les sauges sont aussi très appréciées des insectes pollinisateurs. Les fleurs sont munies d’un système de pollinisation unique. Un petit balancier, au fond de la fleur, est poussé quand l’abeille cherche son nectar. Celui-ci fait descendre une petite brosse qui dépose du pollen sur les fesses et le bas-dos de l’abeille… avec un petit massage.

Voir (7) pour une belle description du mécanisme de la fécondation, extrait d’un livre de Maurice Maeterlinck,  L’intelligence des fleurs, écrit en 1907 .

Quelques éléments d’histoire de la plante

L’histoire de la sauge remonte au tout début de la médecine. ”Celle qui sauve” a été utilisée dans toutes les cultures au cours des siècles.

Dans la Grèce et la Rome antique, la sauge était considérée comme une plante sacrée.

Dans la Rome antique, seules les vierges avaient le droit de cueillir la sauge, et en “France”, cette tâche était réservée aux druides.

Les gaulois l’utilisent pour favoriser les accouchements.

Chez les Grecs et les Romains, elle était utilisée en tant que tonique.

Hippocrate et Dioscoride mentionnent une sauge dont Pline rapportera les usages.

Les médecines traditionnelles Chinoise, Perse, Hindous, Egyptienne, Indienne et Celte ont utilisé certaines espèces de sauges, en particulier en fumigations.

Le Moyen-Âge est un peu l’âge d’or de la sauge. Elle était alors considérée comme une panacée capable d’améliorer tous les états difficiles. Elle était même utilisée lors des épidémies de lèpre.

Ecole de médecine de Salerne :

Cur moriatur homo, cui salvia crescit in horto ?

Contra vim mortis non est medicamem in hortis.

[Pourquoi mourrait-il, celui qui cultive la sauge dans son jardin ?

Contre la force de la mort, il n’existe aucun remède dans les jardins.]

Hildegarde de Bingen ne l’oubliera pas, en faisant même une de ses favorites avec l’herbe à robert (Pelargonium rupertianum) : « la sauge est de nature chaude et sèche [à l’image de sa région d’origine]. Elle est bonne à manger aussi bien crue que cuite, pour ceux qui souffrent d’humeurs nocives, car elle apaisent ces humeurs ». Mélancolie et colère. Elle la préconise dans de multiples autres cas : manque d’appétit, douleurs musculaires et gastriques, asthénie, migraine…

Plus tard, elle devint la boisson fétiche de Louis XIV, qui en buvait deux tasses chaque matin au réveil.

Simon Pauli  lui consacra 414 pages en 1688 , (V).

Composition de la plante et de l’huile essentielle

Composition de la plante :

Huile essentielle (1 – 2,5 %) contenant 35 à 60 % de thuyone

Tanins (3 – 7 %) et composés phénoliques dont acide rosmarinique (appelé “tanin des labiées” )

Diterpènes : acide carnosique et carnosol (= picrosalvine), rosmanol, safficinolide

Flavonoïdes (1 – 3 %) : lutéoline, 5-méthoxysalvigénine

Triterpènes : très riche en acide oléanolique (400 ppm) et dérivés, acide ursolique; 

Composition de l’huile essentielle :

Cétones : thuyone 35 à 60 (voire 70 % ): mélange d’alpha-thuyone et béta-thuyone, camphre 8-37 %;

Monoterpènes : limonène

Sesquiterpènes 8 – 15 %

1,8-cinéole 8-24 %, bornéol

Salviol (diterpénol)

Propriétés et Indications de la plante en Phytothérapie

Antisudorale par paralysie par l’huile essentielle des terminaisons nerveuses des glandes sudoripares.

Activité œstrogène-like : non démontrée, mais utilisée traditionnellement 

  -> anti-galactogène : remarquablement efficace pour couper le lait des nourrices (comme le persil);

elle est donc déconseillée aux femmes enceintes ou allaitantes.

-> réduit les bouffées de chaleur et les symptômes ménopausiques.

-> Indiquée de  manière générale dans les affections résultant d’une insuffisance oestrogénique : aménorrhées, oligo-spanioménorrhées (cycles longs, règles faibles);

Intéressante aussi en cas vaginite ou cystite à urine claire.

Il pourra être intéressant de l’associer à d’autres plantes. Par exemple :

– Bouffées de chaleur : sauge + houblon ou lin + sélénium

– Règles douloureuses : sauge + armoise

– Règles irrégulières : sauge + huile d’onagre

Antiseptique et  anti-oxydante puissante due aux flavonoïdes et à l’acide rosmarinique (d’où l’utilisation en charcuterie pour limiter le rancissement des graisses). Elle soigne aussi les lésions bénignes de la peau (coupures après rasage, boutons, acné…) 

Antispasmodique : utilisée dans les troubles digestifs, elle donne de bons résultats chez les femmes colopathes avec troubles digestifs tels que ballonnements, lenteur à la digestion.

Améliore la mémoire, améliore les fonctions cognitives chez les malades atteints de maladie d’Alzheimer .En limitant l’oxydation des corps gras du système nerveux, la sauge ralentit leur détérioration et améliore ainsi la mémoire. 

Dans la maladie d’Alzheimer , due à une baisse du taux d’acétylcholine, un neuromédiateur de la mémoire, la sauge  inhibe la cholinestérase , l’enzyme responsable de la destruction de l’acétylcholine.

Anti-inflammatoire par voie locale  : Affections de la cavité buccale (aphtes , gingivites, stomatites) par la présence de tanins astringents de cétones bactéricides et antifongiques. Il a été démontré que l’extrait aqueux inhibe l’enzyme responsable de l’activité lytique des germes responsables des gingivites. 

Petites insuffisances cardiaques et arythmies

tonicardiaque et anti-arythmique par action de l’acide oléanolique et acide ursolique .

Asthénies, anémies

Fortement anti-asthénique du fait de l’huile essentielle et de l’acide rosmarinique

Antivirale : utilisée dans le traitement de l’herpès labial associée à d’autres huiles essentielles; on préférera dans ce cas l’HE de sauge sclarée.

Formes galéniques disponibles et dosage

Parties de la plante utilisées : tiges et feuilles

On pourra préférer utiliser la plante sèche. En effet, la teneur en thuyone est fortement réduite au séchage (les anciennes distilleries d’absinthe, autre plante riche en thuyone, séchaient leurs plantes pendant un an!)

Cependant , même si la plante contient un HE toxique, celle-ci intervient dans les effets biologiques et la thyone n’y est présente qu’ à des dosages aux alentours de 1%.

Un surdosage correspondrait à plus de 15g de feuilles par dose, ce qui est énorme, et pourrait dans ce cas provoquer tachycardie, bouffées de chaleur et vertiges. (III)

Dosage en usage interne :

Extrait fluide (1:1) : 1 ml à 4 ml, trois fois par jour

Extrait sec (5:1) : 160 mg, trois fois par jour

Infusion : faire infuser 1 gr à 3 gr de feuilles de sauge séchées dans 150ml d’eau bouillante pendant 5 à 10 minutes. Boire trois fois par jour.

Teinture mère de sauge (1:10) : 2 ml à 4 ml, trois fois par jour – 

Inhalations : verser 2-3 gouttes d’huile essentielle dans de l’eau bouillante et inhaler les vapeurs pendant quelques minutes. Trois fois par jour

Huile Essentielle de sauge (sous contrôle médical ou utiliser l’HE de sauge sclarée) : consommer 2 à 4 gouttes, 3 fois par jour

– Poudre totale : 1 gr à 4 gr par jour

Dosage en usage externe :

Bain de bouche : verser 2 à 3 gouttes d’huile essentielle de sauge dans 100 ml d’eau et se gargariser avec le mélange 3 fois par jour. Intéressant dans le cas d’une inflammation des gencives, due par exemple au port de prothèse

Compresses : faire tremper un linge dans une infusion de sauge et appliquer sur la peau

Friction : froisser des feuilles de sauge pour en libérer l’huile essentielle et frictionner la peau avec ces feuilles

Massage : mélanger 2-3 gouttes d’huiles essentielles avec une cuillère à soupe d’huile végétale. Appliquer sur la zone à traiter 2 à 3 fois par jour

Application d’une pommade à base d’extraits de sauge (associé à des extraits de rhubarbe) et de vaseline, pour traiter un herpès labial.

Contrairement à certaines plantes, il est recommandé de ne pas prendre la sauge en continu.

Huile Essentielle de Sauge Officinale

Sa vente est réglementée en France : interdite à la vente libre, il est nécessaire d’avoir une ordonnance médicale.

Huile essentielle toxique en raison de la teneur en thuyone ( une cétone monoterpénique) qui peut être élevée.

Proportion de thuyone variable, de 35 à 60%.

Cette teneur dépend bien sûr de la récolte (10). Voici à titre d’exemple un chémotype standard:

Chémotype standard ( Lot, SAG101B070011 , voir (1))

Monoterpénones (alpha-thujone 10-35%, beta-thujone 2-15%, bornéone (camphre) 1-25%)
Oxydes (1,8-cinéole (eucalyptol) 5-15%, humulène-epoxyde II 0,1-5%, caryophyllène oxyde 0,1-2,5%)  

Monoterpénols (bornéol 2-15%, linalol 0-12%, alpha-terpinéol 0-10%, terpinène-4-ol 0,3-4%)
Sesquiterpènes (alpha-humulène, beta-caryophyllène)
Monoterpènes (alpha-pinène 0,5-6%, limonène 0,5-5%, camphène 0,5-10%, beta-pinène 0,1-4%, paracymène 0,1-1,5%)
Esters (acétate de bornyle 0,5-4%)
Sesquiterpénols (viridiflorol 0,1-5%, salviol variable ++, manool 0,1-1%)

Furanocoumarines : aucune

D’où les contre-indications et limitations d’emploi :

Neurotoxique , épileptogène, hypertensive.
Emploi interne par un professionnel et à petites doses.
Emploi externe à dosage modéré et à court terme recommandé.
Ne pas employer chez : les enfants, adolescents, femmes enceintes, sujets épileptiques et lors de cancers hormono-dépendants.

En aromathérapie, on préférera l’huile essentielle de Sauge sclarée (Salvia sclarea) qui est tout particulièrement employée car elle n’a pas la toxicité de sa cousine.

l’HE de sauge sclarée contient en effet de l’acétate de linalyle et peu (ou pas) de thuyone. Oestrogène like : elle reproduit dans l’organisme la même action que les oestrogènes naturels et sera préconisée en remède aux différents maux du cycle féminin, de la puberté, de la ménopause. Relaxante, elle atténue les sautes d’humeur, la fragilité émotionnelle, la fatigue, la dépression, les bouffées de chaleur, la transpiration excessive et les règles douloureuses

Propriétés énergétiques (1)

Energie féminine avant tout, mais énergie féminine avec de la pugnacité. 

Calme le besoin d’exploser les extrêmes.
Diminue l’impact des ‘hyper’ et des ‘-ismes’ et les psychorigidités qui vont avec. Tempère les excessifs.

Stimule les perceptions.
Aide à mieux comprendre les hommes. Augmente le sentiment de justice. Amène de la jovialité. Amène de la créativité.

Chakras : 6ème chakra

Doshas : Augmente l’imagination et les inclinaisons supérieures de Vata. Calme les excès et tous les ‘hyper’ de Pitta. Focalise Kapha et diminue sa tendance peu active.

Éléments : Ether

En cuisine

La sauge a bien sûr sa place en cuisine comme de nombreux autres aromates.

  • Elle parfume les farces pour volailles, mais aussi les plats de fèves et de haricots, les sauces, marinades, potages et salades. 
  • On réalise avec feuilles et fleurs des vins et eaux de sauge : le vin chaud à la sauge remplace avantageusement le vin chaud à la cannelle. 

Exemple :Vin tonique 

Faire macérer 80g de feuilles de sauge dans 1 litre de vin (rouge ou blanc) pendant 1 semaine. Consommer 2 cuillères à soupe après les repas.

Enfin, on la retrouve dans le vinaigre des quatre voleurs aux côtés de l’absinthe.

Quelques recettes d’herboriste (3)

En infusion une cuillère à dessert par tasse d’eau bouillante laisser infuser 10 minutes ; 3 tasses par jour. 

En décoction une poignée pour un litre d’eau faire bouillir 10 minutes, en bain de bouche pour les gencives ou les aphtes, en gargarisme pour le mal de gorge, en compresses sur les ulcères. 

En lotion avec une décoction concentrée (100g de feuilles pour 1 litre d’eau) mélangée à du rhum en proportion égale, appliquée en friction contre la chute des cheveux, combat les pellicules. 

En crème, piler 5 poignées de feuilles fraîches, mélanger 500g beure de karité (ou de saindoux), faire bouillir à feux trés doux, filtrer à chaud, utilisé en massage pour assouplir les articulations, contre les rhumatismes, goutte, sciatique, douleurs musculaires, fortifier les nerfs. 

Les feuilles sèches fumées en guise de tabac soulagent les asthmatiques. 

Une pincée de feuilles de sauge infusées 5 minutes dans une tasse de lait bouillant fait avorter le rhume à son début. 

Des feuilles brûlées sur des braises ou mises à bouillir dans une casserole désinfectent les locaux. 

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Références

Ouvrages consultés :

  1. Busser Christian et Elisabeth , En bonne santé avec les plantes des Vosges et d’ailleurs, Ed La Nuée Bleue 2009
  2. Busser Christian et Elisabeth , Dico santé des plantes des Vosges, Ed La Nuée Bleue 2012

(III) Morel Jean-Michel , Traité pratique de phytothérapie, Ed Grancher 2008

(IV Bardeau Fabrice, La pharmacie du Bon Dieu, Ed Lanore 2009

(V) Pauli Simon , Abrégé de l’histoire des plantes usuelles, 1639

Sites internet utilisés :

  1. gedane.com 

(2) guide-phytosante.org

(3) lepetitherboriste.net

(4) passeportsante.net

(5) plantes-et-sante

(6) phytomania.com

(7) tous-au-potager.fr

(8) wikipédia

(9) wikiphyto.org

(10) fermedesaussac.fr